La rime vit encore, mêlant sons et silence,
Où s’étreignent les mots, leur fragile cadence.
Sous l’encre, un souffle passe et circule en secret,
De l’un vers l’autre, un signe qui devient concret.
L’air que je prends après Adolphe ou Vladimir
Me donne un goût de fiel, un vertige à vomir.
Mais d’autres — Martin, Simone Émile ou bien Marie,
Portent un chant de paix qui nous réconcilie.
Respire : le pire est là, tapi dans l’âme humaine,
Là où la jalousie nourrit d’anciennes haines.
L’homme, aveugle et perdu, s’égare sur la mer
Et la barbarie croît, jamais vraiment à terre.
Pourtant la terre nous offre, en son patient labeur,
Le champ qui nous nourrit sans orgueil ni rancœur.
Elle attend de nos corps qu’ils rejoignent son sein,
Quand viendra le moment de s’y étendre enfin.
Le sein de la femme enfante l’humanité,
Gardienne du vivant, de sa fragilité.
Elles savent le destin des marins égarés,
Et prient pour que le vent les ramène, apaisés.
Que le vent, beau joueur, les ramène au rivage,
Qu’ils revoient, apaisés, les leurs et leur village ;
Et qu’au port revenu, délivrés de la mer
Ils retrouvent la vie loin des gouffres amers.