Dans l’ambiance insurrectionnelle actuelle, je me suis dit qu’on ne parlait pas assez de ce que le travail nous fait subir. C’est l’objet de cette chanson qui s’inspire, plus ou moins, de mon propre itinéraire, vu à travers un filtre pessimiste. Rassurez-vous, j’ai eu aussi de bons moments au travail…
Une orchestration électro-rock pour ce titre, avec des synthés, des bruitages électroniques, de la guitare électrique, du piano, de la basse et des percussions, timbales et cymbales.
"Moi aussi", paroles et musique B.Leroux.
1
Moi aussi, je me suis levé à quatre heures du matin
Pour aller nourrir la machine, parce que la machine a faim,
Moi aussi j’ai eu mal au corps, mais surtout eu mal à l’âme,
J’ai dû souffrir dans le bruit, le danger, les cadences infâmes.
Moi aussi, dans un centre de tri, j’ai bossé dur la nuit,
J’ai vu passer tellement de lettres, passer tellement de colis,
Je les voyais tourner même en dormant, autour de mon lit,
Moi aussi j’ai vu des types se saouler pour rester en vie.
Moi aussi j’ai été laver des autistes sous la douche,
En rang, à poil dans les couloirs comme les prisonniers des camps,
Dans le bruit, et surtout les odeurs, maculés d’excréments,
Cinq minutes par individu décrassés, habillés, couche.
Moi aussi j’ai vu le sang, des blessés dans les ambulances,
Je l’ai épongé dans les couloirs, encaissé cette violence,
Lavé les salles de pansements, poubelles sanglantes et vieilles compresses,
Pas le droit de parler, ni de s’asseoir, une sergent en blanc aux fesses.
J’ai vu tellement de suicides ratés que je ne peux plus les compter,
J’ai vu des femmes tabassées, et leurs conjoints nous menacer,
La folie faire des ravages, vu des adolescentes violées,
Des hommes brisés par la drogue, l’alcool et leur réalité.
Moi aussi j’ai compté les heures qui tuaient ma liberté,
J’ai obéi aux ordres même quand je les désapprouvais,
Ils m’ont infantilisé, jugé, noté, et sous-payé,
Moi aussi j’ai été méprisé par des chefs formatés.
Alors quand je te vois manifestant, criant des slogans,
Que le drapeau soit rouge ou noir, contre les riches arrogants,
Ma révolte, étouffée par des années de peur ressurgit,
Je ne peux pas te donner tort, je te rejoins, moi aussi.