C
ette chanson est inspirée d’une nouvelle que j’ai écrite en 1999, et que vous pourrez la lire après la chanson .
Un individu arrive dans un milieu nouveau. Qu’en pense-t-il ? Comment voit-il ceux qui l’y ont amené ?
Sur une musique « vieux jazz », avec banjo, steel-guitar, harmonica, piano électrique, batterie et basse.
Avec la participation de Lagata.
Ecouter « 6 LE PARADIS.mp3 » (clic droit puis "ouvrir le lien dans un nouvel onglet")
1
Dans ma petite cage où ils m’ont enfermé,
J’étais malade et triste comme un chat mouillé,
Ils ont ouvert la porte, ont voulu m’attraper,
J’ai voulu me défendre, j’ai sifflé et griffé,
Alors ils m’ont lâché, et je me suis sauvé,
Y’ avait des herbes hautes, des coins pour se cacher,
Des petites-bêtes-à-mordre, et deux frères à moustache,
Je me suis endormi sous une vieille bâche.
2
Il y avait une montagne avec des trous dedans,
Il faisait nuit dehors et jour à l’intérieur,
Et les dieux avaient laissé du manger devant,
Je me suis approché : j’avais faim plus que peur.
Le lendemain, à l’aube, je suis parti en chasse,
J’ai vu une proie-du-ciel qui était posée là,
C’était une de celles qui se perchent, ou qui passent
Et je l’ai attrapée et dévorée sur place.
3
Et puis j’ai entendu un ennemi chanter
Sur un hymne des félins les plus agressifs,
Mes frères à moustache et moi on a répliqué,
Ca a été une belle bagarre, dents et griffes.
Et au milieu du noir j’ai senti une odeur,
Qui était celle d’une femelle en chaleur,
Ca m’a donné envie de lui monter dessus,
Surtout qu’elle faisait signe avec son dos bossu.
4
Mais à côté d’elle il y avait un matou
Qui a sifflé si fort qu’à bien y réfléchir
Je me suis aperçu que j’n’avais plus du tout
Envie de monter sur la femelle, mais partir.
Alors j’me suis approché d’un dieu qui était
Allongé sur le sol et qui me regardait,
Il m’a appelé « minou ! », je me suis approché,
Parce que ce sont les dieux qui nous donnent à manger.
Le Paradis. (nouvelle)
Quand je suis arrivé au Paradis dans le Monde-Qui-Court-Vite, j'étais malade, et je croyais que j'allais mourir.
Quand les Dieux ont voulu m'attraper, ils m'ont fait très peur parce que je croyais qu'ils allaient me mordre. Alors j'ai sifflé, et je me suis poussé tout au fond de la cage où ils m’avaient mis, mais ils m'ont attrapé quand même.
Et puis ils m'ont lâché.
Je me suis vite caché sous les herbes pour qu'ils ne me voient pas, et j'ai vomi. Quand j'ai été bien sûr qu'ils étaient partis, j'ai dormi et le lendemain j'ai commencé à visiter le Paradis.
Je ne voyais pas de prédateurs, mais je sentais les Étrangers qui avaient laissé leurs marques un peu partout sur les herbes et les bois plantés. Il y avait aussi des Proies-Du-Ciel, et des crottes de Petites-Bêtes-A-Mordre.
En allant plus loin, j'ai vu qu'ils avaient amené deux frères. J'ai été contre eux, et on a échangé nos odeurs. Alors j'ai senti qu'ils étaient inquiets comme moi de savoir où trouver des Bêtes-A-Mordre ou du Manger-Des-Dieux.
Mon gros frère a préféré se coucher pour ne pas gaspiller son énergie, et il s'est endormi. Mon frère noir et blanc, lui, a préféré chercher des proies. Il n'a trouvé qu'une mouche, il a essayé de la mordre mais elle est partie dans le ciel. Moi, je n'avais pas faim parce que j'étais encore un peu malade. Alors je me suis mis en rond parce qu'il commençait à faire frais et j'ai dormi.
Le lendemain, il faisait nuit. La Montagne-des-Dieux était ensoleillée de l'intérieur, et comme j'avais très faim je me suis approché. J'ai bien fait: ils avaient laissé devant la montagne une boîte avec du manger-des-Dieux. J'étais tout content, j'ai plongé mon nez dedans et j'ai mordu le manger. Ca faisait du bien dans le ventre. Après, j'étais lourd, et si un étranger arrivait, je risquais de ne pas pouvoir fuir. Alors j'ai été me cacher dans les herbes et j'ai dormi.
Le lendemain, il faisait encore nuit. J'entendais des Proies-Du-Ciel-De-La-Nuit, celles qui sont difficiles à attraper et mordent avant de faire du bon jus. J'avais envie d'aller visiter le noir.
J'ai couru après une Petite-Bête-à-Mordre et je l'ai eue du premier coup: ça faisait du bon jus dans les dents. La Petite-Bête-à-Mordre a crié un peu, mais pas assez longtemps. Dommage.
Après, j'avais moins peur. Mes frères étaient réveillés aussi, et tous les trois, on a entendu un étranger chanter la guerre. Nous, on ne comprenait pas bien, parce qu'il n'y avait pas de femelles, mais on s'est approchés tous les trois et on a répondu. Comme ça, on savait qui étaient les frères et qui étaient les ennemis.
Au bout d'un moment, on a compris qu'ils voulaient revenir dans le paradis comme avant que nous on existe là, et alors on a su pourquoi on chantait la guerre.
Quand on chante la guerre, mon frère noir et blanc est toujours devant. Moi, je viens en deuxième et mon gros frère vient après quand il ne dort pas. Mais là, il chantait la guerre encore plus fort que moi. Parce que mon gros frère, il sait que si un étranger entrait dans le paradis, il serait trop vieux pour se défendre.
L'étranger savait qu'il était seul devant nous trois, mais comme ça ne se fait pas de se soumettre tout de suite, il a chanté contre nous jusqu'à ce que Noir Et Blanc lui griffe l'oreille. Alors il s'est écrasé sur ses pattes pour montrer qu'il était soumis, et après on a été obligés de le laisser partir sans le mordre.
On a monté la garde pendant longtemps, même si on savait qu'il ne reviendrait pas tout de suite.
Ca aussi, ça se fait.
Et puis comme on était fatigués, on a été dormir.
Le lendemain, le soleil commençait à se lever, et il faisait froid: un bon temps pour la chasse. Les Proies-Du-Ciel faisaient des bruits, et peut-être que certaines voudraient bien se laisser mordre. J'en ai repéré une grosse, une noire qui s'était posée par terre parce qu'elle ne savait pas qu'on existait. Je me suis approché tout doucement en me baissant pour me cacher derrière les herbes, j'ai ramassé mes pattes de derrière, et hop! J'ai sauté sur la proie. Elle a essayé de retourner dans le ciel, mais je l'avais déjà mordue derrière le cou, et ça avait craqué entre mes dents. Et puis je me suis bien amusé en lui faisant croire qu'elle pouvait s'envoler, et hop! Je ressautais dessus, et crac encore un coup de dents. Le bon jus commençait à venir.
J'ai fini par la déchirer en morceaux, il y avait des plumes partout. Ce que je préfère, ce sont les tripes qui sentent fort. Quand je l'ai eu mangée, j'ai laissé les restes à mes frères.
Et j'ai été dormir.
Le Noir est beaucoup plus intéressant que le Jour. Les Bêtes-A-Mordre ne sont pas les mêmes, plus difficiles à attraper mais c'est ça qui est amusant. Les frères et les ennemis restent éveillés plus longtemps, et il y a des belles bagarres où on chante longtemps. Et puis, à la période où le boire reste du boire et où les poils s'en vont, il y a des fois une ou plusieurs ennemies qui sentent tellement bon que ça rend fou. Alors on ne chante plus pour s'amuser, et les ennemis deviennent du gibier, parce qu'ils veulent monter sur les ennemies aussi. Rien que d'y penser, ça me donne envie de griffer les oreilles d'un ennemi.
J'ai commencé à visiter le noir. Je n'avais plus du tout envie de dormir, ni de manger. Pour montrer comme j'étais fort, j'ai sauté, hop! Sur un muret, et puis du muret sur un bâton planté, et de là j'ai sauté dans le Noir Inconnu. Je n'avais pas peur des ennemis, j'avais même envie d'en rencontrer un pour chanter la guerre.
Au milieu du noir étranger, il y avait une ennemie qui sentait l'amour. Quand je sens cette odeur là, j'ai envie de mordre l'ennemie derrière la tête et de monter dessus. Mais elles ne veulent pas, évidemment, alors des fois il faut attendre très longtemps en chantant la guerre, parce que si on essaie de grimper trop vite sur l'ennemie, elle se retourne et vous griffe les yeux. Mais si on attend, elle finit par creuser le dos en levant la queue, et ça veut dire qu'on peut entrer dedans.
Si on est tout seul, c'est facile. Mais s'il y a des frères ou des ennemis qui veulent grimper en même temps, il y a une guerre très méchante, et on peut recevoir des coups de dents et de griffes très graves. Une fois, j'ai eu une griffure tellement méchante à l'oreille que ça coulait du bon jus.
Ce coup là, il y avait le même étranger que l'autre fois. Je me suis bien rappelé qu'il s'était soumis, mais je n'étais plus dans le paradis. Et puis il a sifflé tellement fort que je me suis aperçu que, tout compte fait, je n'avais pas envie tant que ça se grimper sur l'ennemie.
Alors je suis retourné au Paradis, et j'ai dormi.
Le lendemain, j'ai été obligé de me réveiller parce qu'il faisait très chaud au soleil, et j'ai été me mettre à l'ombre dans un endroit frais où il n'y a pas de trace d'étranger. Là, j'ai vu que les Dieux étaient sortis de la montagne. Il y en avait un qui mordait la terre avec un bois coupant, et un autre qui était allongé sur l'herbe, ce qui faisait que je pouvais le voir en entier.
Je me suis approché parce que je suis curieux, et qu'il vaut mieux connaître les Dieux qui donnent du manger.
D'habitude, les Dieux ne sont pas méchants, mais il vaut mieux se méfier. Ils peuvent même faire du bien au poil en le lissant ou en grattant là où on ne peut pas le faire, par exemple sur le dessus de la tête.
Je me suis d'abord approché du bout du Dieu qui fait des bruits, pour éviter le bout des dieux qui frappe et gratte. Il faut toujours se méfier d'un Dieu qu'on ne connaît pas.
Alors le bout du Dieu a fait un bruit que je connais bien: « Minou! Minou! » Et alors j'ai su que c'était un bon Dieu.
Je me suis approché, j’ai grimpé sur son ventre et il m’a fait du bien aux poils. J’aime beaucoup ça, et en plus il faut avoir l’air content avec les dieux pour qu’ils nous donnent du manger.
Parce que le manger des Dieux, c’est plus facile à attraper que les proies.
4 juillet 99.