Jusqu’à la fin des années 70, dans les villages, il y avait des bals. Les jours de foire, on montait sur la place une « chaumière », un parquet couvert, et on embauchait pour l’occasion un orchestre. Ces musiciens étaient souvent des amateurs et leur prestation très moyenne. Ils jouaient ce qui était alors à la mode en France : de la « variété », Claude François, Michel Delpech, et bien sur Johnny, mais aussi du rock, de la « pop »…
J’ai été brièvement un de ces musiciens. Cette chanson est strictement autobiographique : j’ai essayé de reproduire l’ambiance générale, y compris au niveau des sons. Orgue électrique, guitare « vintage », batterie « lourde », fausses notes de la basse…
Une époque qui s’acheva brutalement avec l’arrivée du « disco », un bulldozer qui mit fin aux « orchestres de variété », laissant place pour longtemps aux « D.J » et leur sono, et mettant les « musicos » au chômage…
"Baloche", paroles et musique B.Leroux, mars 2019.
1
Je voulais être musicien,
Et pourtant je jouais comme un pied ;
Bien que ce soit un métier d’chien
Où on ne gagne presque rien
J’ai voulu en faire mon métier.
J’ai commencé en apprenti
Et je suis allé jouer les samedis
Dans les p’tites villes, les patelins,
Pour un repas et des radis
Dans les bals des foires au boudin.
2
Du temps de Delpech et Johnny
Les groupes s’appelaient des « orchestres »,
On jouait des huit heures par nuits
Et on roulait des kilomètres
Dans un camion qui puait l’huile.
Les musicos étaient des gars
A peine plus âgés que moi
Qui jouaient comme des manches et hurlaient
Sans cesse des obscénités
Et puaient comme des putois.
3
Trois bières au bar et trois kawas,
Le batteur faisait « un deux trois »,
Le rock’n roll, la mazurka,
Stone et Charden, et Claude François,
La basse faisait n’importe quoi.
Les couples se trémoussaient en bas,
Y’ avait de la drague, des face à face,
De la bagarre quelquefois,
Fallait se garer pour ne pas
Prendre une canette dans la face.
4
On arrosait les musiciens,
On était saouls au p’tit matin,
Le son devenait d’la purée
Personne ne s’en apercevait,
Et c’est comme ça qu’on repartait.
Au matin dans la bétaillère
Les gars roupillaient à l’arrière
Et moi j’avais une peur d’enfer
Que le chauffeur nous foute en l’air
Tell’ment il était plein de bière.
5
C’était les années de baloche
Et aussi de vache enragée,
Je n’ai jamais aussi mal joué
Sans que personne me le reproche,
Et avec pas un sou en poche.
Mais aujourd’hui un musicien,
Un rêveur, un pauvre gamin
Qui voudrait gagner sa vie a -
Vec son instrument, ses dix doigts,
Vaut mieux qu’il se fasse…Di Jey.