1
Au loin, une goélette
Avance sous le vent.
Vous êtes sur le pont
Ou bien dans les gréements,
D’autres, sur la dunette,
Sont au commandement.
Et vous trimez dur pour
Qu’il croise l’océan
Et que, jour après jour,
Il fende les brisants,
Vous êtes sans secours.
Car vous êtes ignorants.
2
Quand la mer est étale
Vous réparez les voiles,
Et quand elle s’emballe
Vous carguez de la toile,
Et certains ont le mal
De mer à fond de cale.
Quand il y a tempête
Certains de vous basculent,
Tombent de la dunette
Naufragés minuscules,
La mer, comme une bête
Dresse ses tentacules.
3
Qui va vous secourir ?
Vous n’êtes que des vaincus.
L’arche peut vous trahir
Et vous aurez vécu,
Vous sauver, ralentir
Pour elle n’est pas un dû.
Parfois, un embarqué
Vous voit du bastingage,
Vous envoie un cordage,
Vous vous y accrochez,
Mais vos mains sont glacées,
Trop froides pour la nage.
4
Et vous allez rejoindre
Les âmes des grands fonds,
Et vous allez atteindre
Rapidement le fond,
C’est la rue qu’il faut craindre,
Une mer de goudron.
Épaves qui surnagent
Dans les rues de nos villes,
Vous qui n’avez plus d’âge
Noyés d’une mer d’huile,
Qui vous a, inutiles,
Jetés du bastingage ?