• (déjà édité sur Musicblog)

    « Les cailloux » parle de la vie d’une pierre, depuis son expulsion par un volcan jusqu’à sa dissolution en mer. Cette chanson ne parle que de ça, et de rien d’autre… wink2

    Techniquement, il s’agit d’un rythme lent comme une aire géologique. L’instrumentation, guitares, harmonicas, percussions, basse et synthés, donne un peu de vie à cette minéralité…Bon voyage.

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

     

    Projeté en l’air, brûlant, hurlant, ignorant,

    Du ventre de la terre, craché comme un déchet,

    Rougeoyant, tu retombes sur la terre en fumant

    Et tu hurles ta vie comme un charbon ardent.

    L’air et l’eau te saisissent comme un bain glacé

    Et tu restes, refroidi, sur la terre gelée.

     

    Quelques centaines de milliers d’années tu nages

    Dans un frais torrent tumultueux de montagne.

    L’eau claire a affranchi tes arêtes et tes creux,

    Tu es un parmi des centaines dans l’eau bleue,

    Et le flux passe autour de vous, vous fait rouler

    Vous traînant toujours vers le bas, vers la vallée.

     

    De temps en temps l’un de vous se met en travers,

    Mais le temps a raison de ses écarts, l’hiver

    Amène ses glaçons, le printemps sa débâcle

    Et l’eau finit toujours par user les obstacles.

    Te voilà reparti dans ce voyage lent

    Qui te fait rouler du sommet au glacier blanc.

     

    Quand tu heurtes un rocher, quand un caillou te touche,

    Que tu restes bloqué longtemps sous une souche,

    Tu arrêtes ta course, tu te couvres de mousse,

    Ta forme peu à peu devient lisse et s’émousse.

    Descendu maintenant sous des cieux plus cléments,

    Tu rencontres des vies, êtres vifs ou bêlants.

     

    Ton voyage a maintenant des millions d’années,

    Ta forme est arrondie, ton corps diminué,

    Tes couleurs sont devenues douces avec le temps,

    Et tu faits des ricochets avec les enfants.

    Depuis un siècle ou deux, tu roules dans l’estuaire,

    Encore un millénaire, et tu seras en mer.

     

    Et la houle te meut, te roule et recommence,

    Les galets sont nombreux, et les vagues immenses,

    Drossé contre des roches, des falaises de craie,

    Peu à peu tu t’abrase, te lisse, diminues,

    Jusqu’à plus n’être que gravier, pierre menue,

    Et enfin roche infime, grain de sable discret.

     

    Pour finir, les courants t’entraînent au lointain

    De fils de la terre, tu es devenu marin.

    Il n’y a plus que l’air, et la vague, et l’oiseau,

    Il n’y a plus de terre, il n’y a plus de roseaux,

    Personne ne sait plus où tu seras demain.

    Tu es, tu as été, ainsi font les humains.


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  • Nous sommes.

    Que sommes nous, nous citoyens des démocraties occidentales, nous peuple américain, japonais, européen ? Sommes-nous de la chair à canon, de la bête à travail ou sommes-nous dépositaires de cultures millénaires, créateurs d’espaces infinis ? Les deux, sans doute.

    Une foule est une répétition d’êtres, tous identiques et tous différents, comme ce thème musical repris à l’infini, émaillé de soli de guitares dont chacune a sa personnalité : à gauche, une Fender Stratocaster, à droite une Gibson Melody Maker, et au centre une Epiphone ES 295, à l’accompagnement deux Gibson Studio Master, et :

    Piano, basse, congas, bongos, hudu, grosse caisse – rimshot, shaker.

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Nous sommes cent et mille,

    Nous sommes un et plusieurs,

    Nous sommes de la ville

    Ou nous sommes d’ailleurs,

    Nous sommes tous perdus

    Et pourtant repérables,

    Nous sommes inconnus

    Et si identifiables,

    Nous sommes inutiles

    Et si indispensables,

    Nous sommes d’une ville

    Construite sur du sable.

    Nous sommes les arrivants

    D’un voyage impensable,

    Nous sommes les survivants

    D’un passé redoutable.

     

    2

    Que l'on soit d'Albanie,

    De France, du Luxembourg,

    Ou du Royaume Uni,

    De Plogoff à Strasbourg,

    Nous sommes tous amis

    Et pourtant sans amour,

    Nous sommes à l’établi

    Ou nous sommes au labour,

    Nous sommes des conscrits,

    Nous marchons au tambour

    Vers la grande boucherie,

    Voyage sans retour,

    Nous sommes démunis

    Et souvent sans recours,

    Nous sommes sans amis,

    Nous sommes sans secours.

     

    3

    Nous sommes prêts à lutter

    Pour garder nos emplois,

    Mais nous sommes affectés

    Par la peur du renvoi,

    Nous sommes bouche bée

    Nous sommes les sans voix.

    Nous sommes connectés

    Mais sans savoir à quoi,

    Nous sommes concernés,

    Pourtant nous restons cois,

    Nous sommes encadrés

    Par des règles et des lois.

    Nous sommes sollicités

    Par des marchands de foi,

    Nous sommes publicités

    Par des marchands sans foi.

     

    4

    Nous sommes femmes et hommes,

    Nous sommes des enfants,

    Nous sommes nés d’une pomme,

    D’un dieu et d’un serpent,

    Nous sommes d’un royaume

    Sans roi, sans président,

    Nous sommes le substratum

    D’un système dément,

    Nous sommes à l’automne

    D’une ère de changements,

    Nous ne savons pas comme

    Vont finir nos enfants

    Dans ce capharnaüm,

    Ce grand chambardement,

    Dans ce grand maelström

    Courons aveuglément.

     

    5

    Mais nous sommes l’écriture

    Et nous sommes le verbe,

    Et la littérature

    La musique et les vers,

    Nous sommes la quadrature

    D’un axiome superbe,

    Nous sommes la nourriture,

    Nous sommes le repère,

    Nous sommes la droiture

    D’un destin linéaire,

    Nous sommes le futur

    D’une culture séculaire.

    Nous sommes la créature

    Et nous sommes le père,

    Et la progéniture

    De tout un univers.


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  • (Cette chanson a déjà été publiée sur "musicblog".)

    Je connais leJe connaiss hôpitaux psychiatriques, en 1920, en 1950, en 1980, et aujourd’hui. A quel titre ? La chanson ne le dit pas. Elle dit que c’est un univers d’ennui, de vide, où ça et là un bon moment survient, comme une étincelle de mica sur le goudron : le café qui fume, les jeunes qui refont le monde dans une cour. Un monde qui se désertifie dans les ronronnements du réseau numérique qui remplace peu à peu les contacts entre patients et soignant, escamotant une réalité trop difficile à dire et à vivre, celle de la souffrance psychique.

    Les instruments : accordéon, harmonica, guitare folk, guitare classique, guitare électrique avec pédale de volume, piano, contrebasse et basse fretless, batterie jouée avec des balais. 

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    Cette chanson est dédiée à l’équipe de l’U.I.A.

    1 - 1920

    Je connais les anciens asiles d’aliénés,

    Les couloirs glacés parcourus par les bonnes-sœurs,

    Le bruit des sabots des malades travailleurs,

    Sous les arcades des coursives grillagées.

    Je connais les messes obligatoires par cœur,

    Et les charrettes à bras pleines de fumier

    Les femmes aux cuisines, les hommes aux ateliers,

    Et les hurlements contenus des aliénés.

     

    Ref :

    Je sais l’ennui, l’ennui, poison des internés,

    Et je connais l’ennui des maisons de santé.

     

    2 - 1950

    Je connais aussi les hôpitaux psychiatriques,

    Les dortoirs impeccables, et les longs couloirs beiges,

    Les lits au garde-à-vous, sous leur linceul de neige.

    Je connais les malades, rangés comme une clique,

    Pour recevoir calmants, Valium, neuroleptiques,

    Dans les bidons, la soupe et le café fumant,

    Le docteur qui passait, paterne, indifférent,

    Suivi de sa cour d’internes et de surveillants.

    Ref.


    3 - 1980

    Je connais les jardins riants des CHS,

    Les parterres qui cachaient la misère des chambrées,

    Les malades humbles et les familles intimidées,

    Paysans casquette à la main comme à confesse,

    Les jeunes soignants qui voulaient changer le monde

    Qui rêvaient de communautés thérapeutiques,

    Médecines alternatives, anti-neuroleptiques,

    Qui fumaient dans les cours en parlant du tiers-monde.

    Ref.

     

    4 - 2015

    Je connais les Centres Hospitaliers Certifiés,

    Architecture fermées sur des jardins bios,

    Les patients confinés dans des cours, des patios,

    Les soignants accrochés à leur ordinateur,

    Remplissant sans broncher protocoles numériques,

    Transmissions ciblées et saisies informatiques,

    Pendant que dans les chambres, la souffrance se tait

    Entre une salle de bains, un portable et la télé. 

    Ref.


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  • Déjà édité dans feu mon blog "musicblog", « Encore un thé » raconte une histoire inspirée du personnage de « Mort à Venise » de Luchino Visconti. Ici, un homme d’âge mûr, assis à une terrasse sur les planches de la plage de Deauville, tombe amoureux d’une jeune serveuse. (dans le film il s’agissait d’un amour homosexuel pour un jeune homme).

    La musique est doucement jazzy, pour reproduire l’ambiance « Deauville », une terrasse sur les planches…

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Assis à la terrasse, à toi, ma chère enfant,

    J’écris alors que tu es là, tout près de moi,

    Face à la mer, je prie pour qu’enfin tu me voies,

    Que tu quittes ton rôle de serveuse un instant.

    Je suis traversé de sensations indicibles,

    Parce que tu es belle, que mon âme t’admire,

    Toi attentive à satisfaire mes désirs,

    Et moi rêvant de te demander l’impossible.

     

    2

    Tu me regardes avec un certain intérêt,

    Tout à l’heure, tu rosis en me parlant de près,

    Réécrire ces mots cent fois est un supplice,

    Pendant que tu attends, patiente, à mon service.

    Je voudrais pouvoir dire : « ma chérie, prends ma place,

    Désormais je serai ton chevalier servant,

    Encore un peu de thé ? Des gâteaux ? Une glace ? »

    Je voudrais que tu ries pour voir tes jolies dents.

     

    3

    Mais même si c’était possible, je n’oserais pas

    De peur de devenir un ami paternel,

    Les femmes savent ce qu’elles font, et elles sont cruelles,

    Les jeunes filles bien plus, parce qu’elles ne savent pas.

    La lumière descend maintenant sur le rivage,

    Le casino s’allume, personne sur la plage,

    Si j’étais né plus tard, ou toi un peu plus tôt,

    J’oserais t’inviter à danser un tango.

    4

    Sur les planches désertes, quand la mer devient noire,

    Nous tournerions ensemble jusqu’à l’ivresse ultime,

    Toi en chapeau cloche, et moi en baskets et jeans,

    Une époque ou bien l’autre, toujours la même histoire.

    Je me vois même te demander en mariage,

    Ou de partir ensemble, selon les époques,

    Tu m’aurais sans doute aimé, nonobstant mon âge,

    Je le sais, devinant nos regards réciproques.

     

    5

    Je ne suis qu’un vieil homme qui ne manque de rien,

    Si ce n’est que de toi, ma belle, tu le sais bien,

    Mais je ne puis souhaiter que tu ne me tolères

    Que comme un papa, un oncle, ou pire : un grand père.

    Alors je reste là, en contemplant la mer,

    Juste pour te parler encore, et pour te plaire,

    Je t’appelle d’un geste, alors tu me tu souris,

    Et pour t’entendre dire « oui monsieur », je dis :

     

    « Encore un thé, je vous prie ».


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  • L'hypnose des gares.Vous avez peut-être ressenti comme moi l’effet hypnotique d’un voyage en train. Il y a des moments où, bercé par les bruits répétitifs, les rêves se mélangent aux perceptions, allant parfois jusqu’à de fugaces hallucinations. Se mélangent en même temps pensées, souvenirs, rêves et visions. Au réveil, quelque chose en reste, sans qu’on puisse dire exactement ce qui était vrai ou pas. Pour illustrer cet état, j’ai choisi une musique répétitive avec un parti pris de contraste entre un environnement électro-acoustique fait de boucles synthétiques et de basse électrique d’une part, et d' instruments purement acoustiques : guitare folk, derbouka, (à gauche sur la photo) udu (à droite), flûte irlandaise, violon d’autre part. 

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Le train roule depuis longtemps,

    Les gens, à demi somnolents,

    Sur leur siège dans la chaleur

    Sont irréels comme des acteurs.

     

    Dehors, le ciel plombé recule

    Dans les ombres du crépuscule,

    Tandis que le train immobile

    Tangue comme sur une mer d’huile.

     

    Un voile de brume envahit

    Un paysage, des prairies,

    Et nappe maisons et pays

    Qui se préparent pour la nuit.

     

    Ma tête posée sur le verre

    Regarde défiler le rail,

    Comme si jouait dans tout l’univers

    Une partition de ferraille.

     

    2

    Aux ombres du soir qui se posent

    Des reflets flous se superposent

    Dans le T.G.V. où s’allument

    Des visages en forme de lunes.

     

    Au milieu d’une peupleraie,

    Un jeune visage apparaît,

    Ovale ponctué d’un regard

    Où plane l’hypnose des gares.

     

    Serait-ce un signal dans la nuit

    Qui passe sans faire de bruit,

    Ou bien quelqu’un qui me regarde

    Sans intention et par mégarde ?

     

    Ou bien, est-ce un astre oublié

    Qui flotte dans le ciel ondé,

    Entre les nuages violets

    Et les réverbères allumés ?

     

    (instrumental)

     

    3

    Maintenant que tout a sombré,

    Le visage s’est mis à parler.

    Il me dit : « tu m’as oubliée,

    Moi et ton passé, sur le quai.

     

    Quand as-tu cessé de m’attendre,

    Toi qui étais pour moi si tendre,

    Qui disais que même le temps

    N’a pas raison des sentiments ?

     

    Et quand es-tu devenu vieux,

    Assez pour ne plus voir mes yeux

    Te demander de revenir

    Prendre le train de l’avenir ? »

     

    Le visage maintenant s’est tu

    Et flotte en l’air, comme un fétu,

    Reflet qui bientôt va mourir

    Et me fixe avec un sourire.

     

    4

    Et, maintenant, bien réveillé,

    J’ai envie de me détourner

    Pour voir à qui est ce visage,

    Ou si ça n’était qu’un mirage,

     

    Mais la personne qui était là,

    Assise juste en face de moi,

    A disparu laissant un vide

    Béant dans la lumière livide.

     

    Qui était-elle, que voulait-elle,

    Et était-ce un ange sans ailes

    Venu, au milieu des mirages,

    Annoncer la fin du voyage ?

     

    Mais le train fonce dans la nuit,

    Il n’y a plus par la fenêtre

    Qu’un ciel noir et bleu qui s’enfuit,

    Quoi que ce reflet ait pu être. (bis)


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  • Il y a une partie de nous à laquelle nous ne pensons pas souvent, il s’agit de la représentation de nous présente dans l’esprit de ceux qui nous connaissent. Chaque fois que quelqu’un se dit : « et lui, que dirait-il, que penserait-il de ça ? », nous existons ailleurs et à notre insu. Et nous y existerons après nous, jusqu’à ce que notre souvenir s’efface. C’est à ces quelques uns que s’adresse cette chanson.

    Pour relativiser un peu le sérieux du propos, j’ai choisi une orchestration plutôt « swing », avec piano, banjo, basse, batterie, guitare solo, batterie, cordes, et cuivres.

    paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Toi chez qui je vis

    Juste de temps en temps,

    Pour dire mon avis

    Pour parler du temps,

     

    Je sais que j’exis-

    Te dans ta pensée,

    Même quand je ne suis

    Pas là pour parler.

     

    2

    Car je ne vis pas

    Que dans mon esprit,

    Je suis avec toi

    Dans toute ta vie,

     

    La petite voix

    Qui te dit souvent

    C’que je ferais, moi

    Au même moment.

     

    3

    Car je suis dans tous

    Ceux qui me connaissent,

    Et je n’sais pas tout,

    C’est une faiblesse,

     

    Ce que dit le gars

    Qu’est dans ton cerveau

    Qui ressemble à moi,

    Qui est mon jumeau.

    4

    Toi aussi tu vis

    Dans ma vie intime,

    Tu dis ton avis

    Comme je l’imagine,

     

    Tu hantes, comme moi,

    Diverses maisons,

    Où il y a ta voix,

    Où il y a ton nom.

     

    inst.

     

    5

    Toi qui a la chance

    De vivre après moi,

    Toi qui sais d’avance

    Que je n’serai plus là,

     

    Tu es le monde où

    Je vivrai demain,

    Quand se s’ra le bout,

    Quand ce s’ra la fin.

     

    6

    Cent petites voix,

    Dans les souvenirs,

    parleront pour moi,

    Me f’ront revenir,

     

    Pour dire mon avis,

    Même s’il ne vaut rien,

    Bien après ma vie

    Et c’est mieux que rien. (bis)


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  • PaMise au point.rfois, quand un point d’interrogation se pose, une mise au point s’impose, virgule, à tel point qu’on ose écrire en contrepoint une musique pour donner le la, et dont la portée ne mettra pas un bémol à la clé. Il suffit de trouver le ton, d’être dans le bon registre, et surtout respecter le tempo, sous peine d’écrire une œuvre mineure, ou bas de gamme.

    Pour mettre au point cette partition, j’ai utilisé ma guitare folk, basse, piano, synthé, batterie, harmonica, virgule, et guitare électrique jazz, point.

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

     

    1

    Quand je l’ai rencontrée, virgule,

    Toute désappointée, virgule,

    Je lui ai dit deux point ouvrez

    Les guillemets : « viens », et après

    Elle l’était beaucoup moins au point 

    Que j’ai pu les refermer, point.

     

    Elle me dit : ouvrez les guillemets

    « Je suis perdue dans la ville mais

    Ne tirez pas avantage de

    Cette situation de point 

    De non tiret retour au moins

    Le temps que j’m’en remette un peu ».

     

    2

    Y’avait point d’interrogation

    Pour ce qui est d’mes intentions

    Mais, virgule, je suis philosophe,

    Qu’on me parle ou qu’on m’apostrophe 

    Au sujet du guillemets « sexe »,

    Je suis un p’tit peu circonflexe.

     

    Pour mettre au point notre liaison,

    Ne pas prendre de poing dans la face,

    Je mis une ponctuation 

    A notre tendre face à face,

    Et je mis un accent aigu 

    A ne pas lui parler de … point.

     

    3

    Quand elle fut à point je lui dis :

    « Nous sommes comme entre parenthèses,

    Comme deux points perdus loin d’ici

    Virgule, tu peux te mettre à l’aise,

    Mais un gros point d’exclamation

    Vint mettre un point de suspension.

     

    Je mis alors un point d’honneur

    A me montrer des plus galants :

    Deux points je lui offris des fleurs

    Pour me montrer un peu plus lent,

    Virgule car les filles ont horreur

    Qu’on les apostrophe sans gants.

     

    Instrumental.

     

    4

    Il n’y eut point d’exclamations

    Ni de mise au point entre nous,

    Elle partit sans explication,

    Me laissant choir comme un caillou,

    Et me laissant en suspension

    Même si ça ne tient pas debout.

     

    Depuis, je m’abstiens daccolades

    Avec mes petites camarades,

    Qu’elles m’apostrophent ou qu’elles se pointent

    Virgule je me passe de conjointe,

    Je vis comme entre parenthèses

    Et, virgule, j’en suis fort aise.


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  • Parfois, unSubjonctif.e histoire d’amour souffre de trop de conditions pour pouvoir être : « Il eût fallu que nous nous accordassions », dirons-nous alors.

    L’essentiel est de garder le sourire, fanfare en tête, avec tuba, trombones, et à la rythmique du banjo, des guitares, de la basse et de la batterie.

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Nous nous fussions aimés si vous n'm’aviez quitté,

    Pour rester, il eût fallu que vous m’aimassiez,

    Mais hélas, cela eût-il été le cas si

    Vous ne fussiez issue de l’aristocratie ?

     

    De fait, si je n’eusse été de basse extraction,

    Il eût fallu que je partageasse vos visions

    Et que j’eusse, à propos de tout, votre opinion

    En ce qui concerne les femmes et les visons,

     

    Or, il se trouve que si je suis né quelque part,

    Il eût fallu que ce fût sur votre boulevard,

    Quelque part entre Neuilly et porte d’Auteuil

    Mais, hélas, je viens des HLM d’Argenteuil.

     

    ref :

    Eh oui, madame,

    Pour un récit un peu significatif

    De notre flamme,

    Il eût fallu en parler au subjonctif.

     

    2

    Dans mon monde, pour que nous parlassions actions,

    Il eût fallu qu’en tout état d'cause nous eussions

    Des émoluments un p’tit peu plus consistants,

    Nous eussions pu alors vous faire des présents,

     

    Ces quelques attentions de luxe auraient suffi

    A ce que vous m’eussiez gardé dans votre lit,

    On le sait, ne pète pas dans la soie qui veut,

    Pour m’extraire il suffisait que je fusse un gueux.

     

     Ref.

    Instrumental

    Ref  (de notre drame)

     

    3

    Alors vous retournâtes dans votre seizième,

    « Brisons là, voulez-vous ? » ce devint votre antienne,

    Il eût fallu alors que j’eusse plus de courage

    Et que je me jetasse du dix-septième étage,

     

    Mais une fois rentré dans ma tour de béton,

    Je renonce très vite à cette tentation,

    Car je retrouve mon quartier et mon rond d’serviette,

    Au resto du centre commercial et c'est chouette.

     

    Eh oui, princesse,

    Pour un récit un tant soit peu plus festif

    D’histoires de fesses,

    Rien ne vaut le présent de l’indicatif !


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  • Nous avons tous une idée générale de ce qu’ils sont. C’est à eux que s’adresse l’animateur du JT quand il dit : « Madame, Mademoiselle, Monsieur ». Ils habitent dans ces maisons toutes pareilles, dans des quartiers qu’on appelle : « lotissements ». En France, on les appelle « les français moyens ». Mais vous, leur ressemblez-vous ? Je suis sûr que non. Et d’ailleurs, asseyez-vous un instant sur un banc et regarder passer les gens : vous en voyez ? Moi pas. Alors où sont ils ? Peut être seulement dans nos têtes.
    Une musique « folk » (« populaire », en anglais) était de rigueur pour ce thème, avec banjo, guitare folk, harmonica, piano, basse et batterie.

     

     

    paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Les gens normaux sont un homme, une femme, une fille et un garçon,

    La dame porte une robe et le monsieur a un pantalon,

    La dame est à la cuisine avec un tablier, c’est normal,

    Pendant que le monsieur est au salon et lit son journal.

     

    Oui, mais les gens normaux

    Moi, j’en vois pas souvent,

    Car ils sont différents

    La plupart du temps.

     

    2

    Les gens normaux ont acheté une maison Bouygues à crédit,

    Ils ont un jardin bien propre avec un palmier rabougri,

    Ils ont un barbecue et une tondeuse pour le désherbage,

    Ils ont une Renault Clio ou encore une Polo dans le garage.

     

    Oui, mais des gens comme ça,

    Moi, je n’en connais pas

    Car ils sont différents

    La plupart du temps.

     

    3

    Les gens normaux regardent à la télé des films facétieux,

    Ils se tiennent au courant des actualités et d’la météo,

    La dame de la météo les appelle « madame, mademoiselle, monsieur »,

    Puis ils vont se coucher car ils travaillent le lendemain très tôt.

     

    Oui, mais les gens normaux,

    Ils ne sont pas légion,

    Ce sont des animaux

    En voie d’disparition.

     

    4

    Les gens normaux ont un I phone et sont connectés à internet,

    Ils ont une page Facebook, ils likent et twittent, et font des commentaires,

    Ils gagnent assez pour partir en vacances et payer leur maisonnette,

    Mais pas assez pour les croisières de luxe et les restaurants chers.

     

    Oui, mais les gens moyens,

    Moi, j’en vois d’moins en moins

    Car ils sont différents

    De ce qu’on attend.

     

    Instrumental

     

    Oui, mais, les gens normaux

    Comme ceux de ma chanson,

    Ce sont des animaux

    En voie d’disparition.


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  • La dictature des marchands.

    Illustration : Doisneau, « Amour et barbelés ».

     

    Après les grandes guerres, certains se sont peut-être demandé pourquoi avoir des enfants, si c’est pour qu’ils servent de chair à canon. Aujourd’hui, nous pouvons nous poser la même question, cette fois parce que nos enfants sont en train de devenir des variables d’ajustement pour les multinationales, dirigées par des dictateurs dont le pouvoir dépasse celui des chefs d’état. Mais, même sous les bombes, l’amour triomphe toujours…

    Pour ce texte, un habillage jazzy à base de piano-basse-batterie aux balais, avec ensuite des guitares folk, du Fender Rhodes, de l’orgue Hammond, des cordes, et des soli de guitare folk et Epiphone jazz.

     

    Paroles et musique : Bernard Leroux

     

    Puisque c’est le règne des bateleurs de foire

    Qui nous disent comment vivre et ce qu’il faut croire,

    Puisque nous ne naissons que pour les enrichir

    Et qu’ils ont acheté même notre avenir,

     

    Puisque nous ne pouvons plus faire autrement

    Que de collaborer à ce grand changement

    Qu’il n’y a plus que l’économie, et le marché

    Qu’ nous n’sommes plus citoyens, que nous sommes tous fichés,

     

    Raconte-moi pourquoi tu es né,

    Et est-ce qu’il avait prévu ça

    Le jour où, pour l’éternité,

    Il a pris ta mère dans ses bras ?

     

    2

     

    Puisque le monde entier est devenu musée

    Parce que nous ne voulons plus voir ce qu’il est,

    Puisqu’ils ont détruit ce qui faisait la vie,

    L’amitié et l’amour, et le travail aussi,

     

    Puisqu’ils ont transformé les villes en boutiques

    Et puisqu’ils ont tout sali, même l’Atlantique,

    Et puisque les campagnes sont des usines à blé

    Et que les gens étouffent sous le béton armé,

     

    Raconte-moi pourquoi tu es né

    Et est-ce qu’il avait prévu ça

    Le jour où, pour l’éternité,

    Il a pris ta mère dans ses bras ?

     

    3

    Et puisqu’ils ont bien compris ce qu’il faut nous dire

    Pour que nous fassions exactement ce qu’ils veulent,

    Puisque nous regardons la lucarne mentir

    Que leurs bases de données s’alimentent toutes seules,

     

    Et puisqu’ils ont gagné la guerre économique

    A défaut de larguer leurs bombes atomiques,

    Puisqu’il paraît que maintenant les jeux sont faits

    Qu’on n’y reviendra plus, que tout est consommé,

     

    Raconte-moi pourquoi tu es né

    Et est-ce qu’il avait prévu ça

    Le jour où, pour l’éternité,

    Il a pris ta mère dans ses bras ?

     

    Instrumental

     

    4

    Mais puisque tout l’avenir n’est jamais écrit,

    Et puisque malgré eux nous sommes toujours en vie,

    Et puisque ce vieux monde est déjà condamné

    Et qu’il agonise asphyxié par ses fumées,

     

    Puisqu’il suffit qu’une femme et un homme s’aiment

    Pour que le printemps vienne, pour une nouvelle scène,

    Puisque toujours les fleurs renaissent au printemps,

    Après la grande peur, enfin viendra le temps

     

    Où tu sauras que tu es né,

    Parce qu’il avait compris ça,

    Et tu sauras enfin pourquoi

    Il a pris ta mère dans ses bras.


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