• Complainte du musicien

    Illustration : « guitare »,

    Thomas Miller.

     

    Il ne suffit pas de le vouloir pour faire de la musique ! C’est aussi du travail…

    C’est ce constat qui me sert de base à ce « canon », c'est-à-dire une forme musicale où la même phrase est répétée avec des décalages permettant un contrepoint entre plusieurs voix, ici sept.

    Une musique répétitive s’impose avec cette forme. Je l’ai voulue au croisement de la musique médiévale par le style, et moderne dans son instrumentation : piano, piano électrique, cinq guitares saturées, trois basses, deux derboukas. J’ai composé la « batterie » avec des bruits pris chez moi (baguettes sur bol plein d’eau, sur les carreaux, sur les murs, sur une boule d’escalier, vieille machine à écrire) que j’ai organisés en boucle.

    C’est du boulot, mais…n’est-ce pas la complainte du musicien ?

     Complainte du musicien, paroles et musique Bernard Leroux.

    1

    Il ne suffit pas toujours de chanter dans les temps,

    Il faut chanter bien et chanter juste en même temps,

    Non, il ne suffit pas de respecter la cadence

    Car il faut aussi tenir compte des pas de danse.

     

    On a l’désir,

    C’est pas facile,

    De faire plaisir

    A sainte Cécile.

     

    2

    Il ne suffit pas d’accumuler des harmonies

    Pour que la musique ressemble à une symphonie,

    Il ne suffit pas d’ajouter violons et pianos

    Pour qu’elle ait l’air d’être sortie de la salle Gaveau.

     

    Oui, c’est pas triste,

    Le temps qu’il faut

    Pour faire l’artiste,

    C’est du boulot.

     

    3

    Et il ne suffit pas de pousser la chansonnette

    Pour prétendre rivaliser avec Caruso,

    Ni de faire partie d’une chorale ou d’un quartet,

    C’est vrai, les chœurs, à l’opéra, c’est pas du pipeau.

     

    Pour qu’ce soit beau

    Il faut y croire,

    C’est du boulot

    Toute une histoire.


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  •  

    Les livres, portes de papier ouvertes sur l'infini, m’ont inspiré cette chanson, peut-être parce que l’été, les « grandes vacances », est par excellence le temps de la lecture…
    Parfois sobre et parfois foisonnante comme les romans, la musique est faite de guitare classique, guitare folk, guitare électrique avec pédale de volume, basse, piano, batterie, harmonica et synthé « cordes ».

     

    "Livres", paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Vous avez été mes amis depuis l’enfance,

    D’aussi loin que ma mémoire puisse vous trouver,

    Que vous fussiez couverts d’images ou de romances,

    D’aussi loin que j’en pense, je vous ai admirés.

     

    J’ai aimé votre doux murmure de papier

    Quand vos histoires d’encre s’éveillaient un instant

    Au fond des chambres chaudes, durant les mois d’été,

    Avant de retourner dans votre sommeil lent.

     

    Vous contiez les histoires du siècle précédent

    Dans un Paris de fiacres et de crinolines

    Où Verlaine, Rimbaud, succédèrent à Lamartine,

    Victor Hugo, Zola, Balzac, et Maupassant.

     

    2

    Pendant que Neil Armstrong prenait pied sur la lune,

    Dans l’histoire et le téléviseur noir et blanc,

    Pendant que les extraterrestres faisaient la une

    J’y allais avec Jules Verne depuis longtemps.

     

    Et pendant qu’à Paris brûlaient les barricades,

    Que les français se découvraient contestataires,

    Et que les sorbonnards s’appelaient : «camarades »,

    Pour moi, Hugo chantait : « c’est la faute à Voltaire ».

     

    Puis vinrent John Steinbeck, Céline, Hervé Bazin,

    Et Boris Vian qui chante, Colette qui console,

    Kundera, Stephen King, un siècle d’écrivains,

    Et du fond de leur Provence, Giono et Pagnol.

     

    Instrumental.

     

    3

    Aucun ordinateur, tablette et autre objet

    Ne remplaceront jamais vos vieux parchemins

    Et votre monde infini d’encre et de papier,

    Le cuir fin des reliures, leur odeur et leur grain.

     

    Ô, livres, mes blancs oiseaux aux livides plumages,

    Hetzel rouges à dorures, humbles romans de gare,

    Jamais aucun discours, jamais aucun voyage

    Ne pourra égaler pour moi ces moments rares,

     

    Où, trouvant une porte ineffable et cachée

    Ouvrant un monde de consonnes et de voyelles,

    Influencé par le parfum du vieux papier

    J’entrais dans une histoire lointaine et irréelle.

     


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  • Miracle.Je crois aux miracles, à la plante qui naît d’une graine, à l’enfant qui naît d’une rencontre, à la terre qui tourne et au soleil qui se lève.  Beaucoup moins à ceux des messies, prêtres et devins…

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      Miracle, paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    De tous temps les devins, les prêtres

    Et les gourous

    Se sont sentis obligés d’ê-

    Tre prêts à tout,

     

    Marcher sur l’eau, multiplier

    Le pain, le vin,

    Car pour être un peu crédible il

    Le fallait bien.

     

    Mais tout ça ne paraît que farce

    De baladins

    Auprès de tout ce qui se passe

    Au quotidien.

     

    Je vous en prie, Monsieur le bon Dieu,

    Du calme, reposez vous un peu,

    Nous n’avons plus besoin de vous

    Depuis que nous savons tout.

     

    2

    Le mort crucifié qui remonte

    Trois jours après

    Rend un peu sceptique sur le mont

    Des oliveraies,

     

    Mais que ce qu’il a dit persiste

    Sur deux mille ans,

    Qu’on soit croyant ou agnostique,

    Ca, c’est troublant.

     

    Inutile de changer de vos mains

    De l’eau en vin,

    L’enfant qui naît de presque rien,

    Ca, c’est divin !

     

    Je vous en prie, Monsieur Jésus,

    Du calme, nous n’en pouvons plus,

    Cessez de guérir les infirmes,

    Nous avons la médecine.

     

    3

    Pas la peine de marcher sur l’eau,

    Même sans bouée,

    Que la mer nous mène en bateau,

    Ca, c’est le pied.

     

    Pour ses potes, changer l’eau en vin,

    C’est plutôt bien,

    Mais qu’ l’alcool sorte de l’alambic,

    Ca, c’est magique.

     

    Que Blandine survive aux lions,

    C’est merveilleux,

    Qu’un dompteur en fasse des moutons,

    Ca, c’est bien mieux !

     

    Je vous en prie, Messieurs les saints,

    Cessez de faire des miracles,

    Nous n’en avons plus besoin,

    Restez donc sur vos pinacles.

     

    4

    Que Marie parle à une bergère

    Dans une grotte,

    Ca semble évident aux bons pères

    Droit dans leurs bottes,

     

    Que la Jeanne qui garde ses biques

    Ait des hallus

    Lui fait gagner la politique,

    Et son salut.

     

    Mais une image itinérant

    Dans l’atmosphère

    Pour atterrir sur nos écrans,

    Ca, c’est super !

     

    Je vous en prie, mes demoiselles

    Taisez donc vos hallucinations,

    Nous n’avons plus besoin d’elles,

    Revenez à vos moutons.

     

     

     

     


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  • Ecrite en 1997, cette chanson parle d'amour et de narcissisme. N'est-ce pas nous même que nous aimons dans le regard de l'autre?

    Poème qui doit beaucoup au piano de Christian Perrot, et à la flûte traversière de Annelyse Kervennal.


    Bernard Leroux, au piano Christian Perrot, à la flûte Annelyse Kervennal.

    1

    Voilà, j'ai cinquante ans,  

    A moitié impotent,

    Je suis bègue et idiot,

    Métèque, nègre, trop gros,

    J'écris mal le français

    Et je suis plutôt laid,

    Est ce que tu veux de moi?

     

    Voilà, je suis un con

    Stupide et plutôt moche,

    J'ai rien au fond des poches

    Au fond du pantalon,

    J'ai des idées de droite

    Et les mains plutôt moites,

    Est ce que tu veux de moi?

     

    Voilà, j'ai quatre enfants

    Dont un complètement barge,

    Une sur le trottoir

    Et les autres à ma charge,

    Je n'ai pas de parents

    Ni d'amis, ni d'histoire,

    Est ce que tu veux de moi?

     

    2

    Voilà, mon caractère

    Est plutôt difficile,

    je suis dur et sévère,

    Mon humeur est labile,

    J'ai tendance à boire trop

    Ma paye va au bistrot,

    Est ce que tu veux de moi?

     

    Voilà, la tolérance

    N'est pas ma qualité,

    Je tolère mal d'avance

    Ton milieu, tes idées,

    Et tes parents m'ennuient,

    Tes frères et soeurs aussi,

    Est ce que tu veux de moi?

     

    Voilà, je crois qu'il faut

    Que tu n'ignores pas

    Qu'au lit je ne suis pas

    C'qu'on appelle un cadeau,

    Je ne suis pas homo

    Mais pas plus hétéro,

    Est ce que tu veux de moi?

     

    3

    Voilà, je t'ai dit tout,

    Et même si c'est pas vrai,

    il faut que je t'avoue

    un tout dernier secret:

    Depuis que tu es là,

    Je me sens bien moins laid,

    Est ce que tu veux de moi?

     

    Et à voir ton sourire

    S'adresser rien qu'à moi,

    j'oublie en moi le pire

    Et j'accepte la joie

    D'être ce que je suis,

    Si c'est auprès de toi,

    Car moi je te veux, toi.


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  • Deux textCharogne et penduses écrits à 368 ans d’intervalle, et qui ont pourtant une étrange ressemblance : « Une charogne », de Charles Baudelaire, 1857, et la « Ballade des pendus » de François Villon, 1489. Tous deux parlent de la mort, Baudelaire pour faire un parallèle avec l’amour charnel, Villon pour réhabiliter la mémoire des condamnés à mort.

     

    Le rythme de l’un comme de l’autre m’ont inspiré 160 ans plus tard une musique plutôt contemporaine, un rythme répétitif à base de basse et de batterie, habillé de sons synthétiques et émaillé de guitares électriques et de flûte.

     

    La langue de Villon étant assez différente de la nôtre, je me suis hasardé à une traduction, qui n’engage que moi…

    C.Baudelaire "Une charogne", F.Villon: "Ballade des pendus",

                                                                                                                        mis en musique par B.Leroux.

    Une charogne, Charles Baudelaire, 1857.

    Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
    Ce beau matin d'été si doux :
    Au détour d'un sentier une charogne infâme
    Sur un lit semé de cailloux,

    Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
    Brûlante et suant les poisons,
    Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
    Son ventre plein d'exhalaisons.

    Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
    Comme afin de la cuire à point,
    Et de rendre au centuple à la grande Nature
    Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

    Et le ciel regardait la carcasse superbe
    Comme une fleur s'épanouir.
    La puanteur était si forte, que sur l'herbe
    Vous crûtes vous évanouir.

    Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride
    D'où sortaient de noirs bataillons
    De larves, qui coulaient comme un épais liquide
    Le long de ces vivants haillons.

    Tout cela descendait, montait comme une vague,
    Ou s'élançait en pétillant ;
    On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
    Vivait en se multipliant.

    Et ce monde rendait une étrange musique,
    Comme l'eau courante et le vent,
    Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
    Agite et tourne dans son van.

    Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
    Une ébauche lente à venir,
    Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
    Seulement par le souvenir.

    Derrière les rochers une chienne inquiète
    Nous regardait d'un œil fâché,
    Epiant le moment de reprendre au squelette
    Le morceau qu'elle avait lâché.

    - Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
    A cette horrible infection,
    Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
    Vous, mon ange et ma passion !

    Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
    Après les derniers sacrements,
    Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
    Moisir parmi les ossements.

    Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
    Qui vous mangera de baisers,
    Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
    De mes amours décomposés !

     

    Ballade des pendus, François Villon, 1489.

    Texte original et traduction.

     

    Frères humains qui après nous vivez

    Frères humains qui après nous vivez

    N'ayez les cueurs contre nous endurcis,

    N'ayez pas vos cœurs endurcis à notre égard,

    Car, se pitié de nous pouvres avez,

    Car, si vous avez pitié des pauvres de nous,

    Dieu en aura plusto de vous mercyz. 

    Dieu en aura plus tôt pitié de vous.

    Vous nous voyez cy attachez cinq, six

    Vous nous voyez attachés ici, cinq, six :

    Quât de la char, que trop avôs nousrie, 

    Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,

    Elle est pieça, devouree et pourrie,  

    Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,

    Et nous les os, devenôs cendre et pouldre. 

    Et nous, les os, devenons cendre et poussière.

    De nostre mal personne ne sen rie :

    De notre malheur, que personne ne se moque,

    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

    Mais priez Dieu qu’il nous absolve tous !
     

     
     Se frères vous clamons, pas n'en devez

    Si nous vous appelons frères, vous n'en devez pas en

    Avoir desdain, quoy que fusmes occiz

    Avoir dédain, bien que nous ayons été tués

     Par justice. Toutesfois, vous savez

    Par la justice. Toutefois vous savez

    Que tous hommes n'ont pas bon sens rassiz; 

    Que tous les hommes ne sont pas raisonnables.

    Excusez nous, puis que sommes transis ,

    Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,

    Envers le filz de la Vierge Marie,

    Auprès du fils de la Vierge Marie,
     

     Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

    De façon à ce que sa pitié ne soit pas tarie pour nous,

    Nous préservant de l'infernale fouldre.

    Et qu'il nous préserve de la foudre infernale.
     

     Nous sommes mors, ame ne nous harie; 

    Nous sommes morts, que personne ne nous crie haro,
     

     Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

    Mais priez Dieu qu’il nous absolve tous !



    La pluye nous a débuez et lavez,

    La pluie nous a lessivés et lavés

    Et le soleil desséchez et noirciz:

    Et le soleil nous a desséchés et noircis ;

    Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez, 

    Les pies et les corbeaux nous ont crevé les yeux,

    Et arrachié la barbe et les sourciz.

    Et arraché la barbe et les sourcils.

    Jamais nul temps nous ne sommes assis;

    Jamais un seul instant nous ne sommes assis ;

    Puis ça, puis la, comme le vent varie,

    Puis de ci, de là, selon que le vent tourne,

    A son plaisir sans cesser nous charie,

    Il ne cesse de nous ballotter à son gré,

    Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre. 

    Plus becquetés d'oiseaux que des dés à coudre.

    Ne soyez donc de nostre confrarie;

    Ne soyez donc pas nos confrères,

    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

    Mais priez Dieu qu’il nous absolve tous !

     

     Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,

    Prince Jésus qui a puissance sur tous,

    Garde qu'enfer n'ait de nous seigneurerie,
    Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
    Fais que l'enfer n'ait sur nous aucun pouvoir :

    A luy n'avons que faire ne que souldre.

    Bien que nous n’ayons rien à faire ou à solder avec lui.

    Hommes, icy n'a point de mocquerie;

    Les hommes, ici, ne doivent pas se moquer

    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

    Mais priez Dieu qu’il nous absolve tous !
     

     


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  • (déjà édité sur Musicblog)

    « Les cailloux » parle de la vie d’une pierre, depuis son expulsion par un volcan jusqu’à sa dissolution en mer. Cette chanson ne parle que de ça, et de rien d’autre… wink2

    Techniquement, il s’agit d’un rythme lent comme une aire géologique. L’instrumentation, guitares, harmonicas, percussions, basse et synthés, donne un peu de vie à cette minéralité…Bon voyage.

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

     

    Projeté en l’air, brûlant, hurlant, ignorant,

    Du ventre de la terre, craché comme un déchet,

    Rougeoyant, tu retombes sur la terre en fumant

    Et tu hurles ta vie comme un charbon ardent.

    L’air et l’eau te saisissent comme un bain glacé

    Et tu restes, refroidi, sur la terre gelée.

     

    Quelques centaines de milliers d’années tu nages

    Dans un frais torrent tumultueux de montagne.

    L’eau claire a affranchi tes arêtes et tes creux,

    Tu es un parmi des centaines dans l’eau bleue,

    Et le flux passe autour de vous, vous fait rouler

    Vous traînant toujours vers le bas, vers la vallée.

     

    De temps en temps l’un de vous se met en travers,

    Mais le temps a raison de ses écarts, l’hiver

    Amène ses glaçons, le printemps sa débâcle

    Et l’eau finit toujours par user les obstacles.

    Te voilà reparti dans ce voyage lent

    Qui te fait rouler du sommet au glacier blanc.

     

    Quand tu heurtes un rocher, quand un caillou te touche,

    Que tu restes bloqué longtemps sous une souche,

    Tu arrêtes ta course, tu te couvres de mousse,

    Ta forme peu à peu devient lisse et s’émousse.

    Descendu maintenant sous des cieux plus cléments,

    Tu rencontres des vies, êtres vifs ou bêlants.

     

    Ton voyage a maintenant des millions d’années,

    Ta forme est arrondie, ton corps diminué,

    Tes couleurs sont devenues douces avec le temps,

    Et tu faits des ricochets avec les enfants.

    Depuis un siècle ou deux, tu roules dans l’estuaire,

    Encore un millénaire, et tu seras en mer.

     

    Et la houle te meut, te roule et recommence,

    Les galets sont nombreux, et les vagues immenses,

    Drossé contre des roches, des falaises de craie,

    Peu à peu tu t’abrase, te lisse, diminues,

    Jusqu’à plus n’être que gravier, pierre menue,

    Et enfin roche infime, grain de sable discret.

     

    Pour finir, les courants t’entraînent au lointain

    De fils de la terre, tu es devenu marin.

    Il n’y a plus que l’air, et la vague, et l’oiseau,

    Il n’y a plus de terre, il n’y a plus de roseaux,

    Personne ne sait plus où tu seras demain.

    Tu es, tu as été, ainsi font les humains.


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  • Nous sommes.

    Que sommes nous, nous citoyens des démocraties occidentales, nous peuple américain, japonais, européen ? Sommes-nous de la chair à canon, de la bête à travail ou sommes-nous dépositaires de cultures millénaires, créateurs d’espaces infinis ? Les deux, sans doute.

    Une foule est une répétition d’êtres, tous identiques et tous différents, comme ce thème musical repris à l’infini, émaillé de soli de guitares dont chacune a sa personnalité : à gauche, une Fender Stratocaster, à droite une Gibson Melody Maker, et au centre une Epiphone ES 295, à l’accompagnement deux Gibson Studio Master, et :

    Piano, basse, congas, bongos, hudu, grosse caisse – rimshot, shaker.

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Nous sommes cent et mille,

    Nous sommes un et plusieurs,

    Nous sommes de la ville

    Ou nous sommes d’ailleurs,

    Nous sommes tous perdus

    Et pourtant repérables,

    Nous sommes inconnus

    Et si identifiables,

    Nous sommes inutiles

    Et si indispensables,

    Nous sommes d’une ville

    Construite sur du sable.

    Nous sommes les arrivants

    D’un voyage impensable,

    Nous sommes les survivants

    D’un passé redoutable.

     

    2

    Que l'on soit d'Albanie,

    De France, du Luxembourg,

    Ou du Royaume Uni,

    De Plogoff à Strasbourg,

    Nous sommes tous amis

    Et pourtant sans amour,

    Nous sommes à l’établi

    Ou nous sommes au labour,

    Nous sommes des conscrits,

    Nous marchons au tambour

    Vers la grande boucherie,

    Voyage sans retour,

    Nous sommes démunis

    Et souvent sans recours,

    Nous sommes sans amis,

    Nous sommes sans secours.

     

    3

    Nous sommes prêts à lutter

    Pour garder nos emplois,

    Mais nous sommes affectés

    Par la peur du renvoi,

    Nous sommes bouche bée

    Nous sommes les sans voix.

    Nous sommes connectés

    Mais sans savoir à quoi,

    Nous sommes concernés,

    Pourtant nous restons cois,

    Nous sommes encadrés

    Par des règles et des lois.

    Nous sommes sollicités

    Par des marchands de foi,

    Nous sommes publicités

    Par des marchands sans foi.

     

    4

    Nous sommes femmes et hommes,

    Nous sommes des enfants,

    Nous sommes nés d’une pomme,

    D’un dieu et d’un serpent,

    Nous sommes d’un royaume

    Sans roi, sans président,

    Nous sommes le substratum

    D’un système dément,

    Nous sommes à l’automne

    D’une ère de changements,

    Nous ne savons pas comme

    Vont finir nos enfants

    Dans ce capharnaüm,

    Ce grand chambardement,

    Dans ce grand maelström

    Courons aveuglément.

     

    5

    Mais nous sommes l’écriture

    Et nous sommes le verbe,

    Et la littérature

    La musique et les vers,

    Nous sommes la quadrature

    D’un axiome superbe,

    Nous sommes la nourriture,

    Nous sommes le repère,

    Nous sommes la droiture

    D’un destin linéaire,

    Nous sommes le futur

    D’une culture séculaire.

    Nous sommes la créature

    Et nous sommes le père,

    Et la progéniture

    De tout un univers.


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  • (Cette chanson a déjà été publiée sur "musicblog".)

    Je connais leJe connaiss hôpitaux psychiatriques, en 1920, en 1950, en 1980, et aujourd’hui. A quel titre ? La chanson ne le dit pas. Elle dit que c’est un univers d’ennui, de vide, où ça et là un bon moment survient, comme une étincelle de mica sur le goudron : le café qui fume, les jeunes qui refont le monde dans une cour. Un monde qui se désertifie dans les ronronnements du réseau numérique qui remplace peu à peu les contacts entre patients et soignant, escamotant une réalité trop difficile à dire et à vivre, celle de la souffrance psychique.

    Les instruments : accordéon, harmonica, guitare folk, guitare classique, guitare électrique avec pédale de volume, piano, contrebasse et basse fretless, batterie jouée avec des balais. 

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    Cette chanson est dédiée à l’équipe de l’U.I.A.

    1 - 1920

    Je connais les anciens asiles d’aliénés,

    Les couloirs glacés parcourus par les bonnes-sœurs,

    Le bruit des sabots des malades travailleurs,

    Sous les arcades des coursives grillagées.

    Je connais les messes obligatoires par cœur,

    Et les charrettes à bras pleines de fumier

    Les femmes aux cuisines, les hommes aux ateliers,

    Et les hurlements contenus des aliénés.

     

    Ref :

    Je sais l’ennui, l’ennui, poison des internés,

    Et je connais l’ennui des maisons de santé.

     

    2 - 1950

    Je connais aussi les hôpitaux psychiatriques,

    Les dortoirs impeccables, et les longs couloirs beiges,

    Les lits au garde-à-vous, sous leur linceul de neige.

    Je connais les malades, rangés comme une clique,

    Pour recevoir calmants, Valium, neuroleptiques,

    Dans les bidons, la soupe et le café fumant,

    Le docteur qui passait, paterne, indifférent,

    Suivi de sa cour d’internes et de surveillants.

    Ref.


    3 - 1980

    Je connais les jardins riants des CHS,

    Les parterres qui cachaient la misère des chambrées,

    Les malades humbles et les familles intimidées,

    Paysans casquette à la main comme à confesse,

    Les jeunes soignants qui voulaient changer le monde

    Qui rêvaient de communautés thérapeutiques,

    Médecines alternatives, anti-neuroleptiques,

    Qui fumaient dans les cours en parlant du tiers-monde.

    Ref.

     

    4 - 2015

    Je connais les Centres Hospitaliers Certifiés,

    Architecture fermées sur des jardins bios,

    Les patients confinés dans des cours, des patios,

    Les soignants accrochés à leur ordinateur,

    Remplissant sans broncher protocoles numériques,

    Transmissions ciblées et saisies informatiques,

    Pendant que dans les chambres, la souffrance se tait

    Entre une salle de bains, un portable et la télé. 

    Ref.


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  • Déjà édité dans feu mon blog "musicblog", « Encore un thé » raconte une histoire inspirée du personnage de « Mort à Venise » de Luchino Visconti. Ici, un homme d’âge mûr, assis à une terrasse sur les planches de la plage de Deauville, tombe amoureux d’une jeune serveuse. (dans le film il s’agissait d’un amour homosexuel pour un jeune homme).

    La musique est doucement jazzy, pour reproduire l’ambiance « Deauville », une terrasse sur les planches…

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Assis à la terrasse, à toi, ma chère enfant,

    J’écris alors que tu es là, tout près de moi,

    Face à la mer, je prie pour qu’enfin tu me voies,

    Que tu quittes ton rôle de serveuse un instant.

    Je suis traversé de sensations indicibles,

    Parce que tu es belle, que mon âme t’admire,

    Toi attentive à satisfaire mes désirs,

    Et moi rêvant de te demander l’impossible.

     

    2

    Tu me regardes avec un certain intérêt,

    Tout à l’heure, tu rosis en me parlant de près,

    Réécrire ces mots cent fois est un supplice,

    Pendant que tu attends, patiente, à mon service.

    Je voudrais pouvoir dire : « ma chérie, prends ma place,

    Désormais je serai ton chevalier servant,

    Encore un peu de thé ? Des gâteaux ? Une glace ? »

    Je voudrais que tu ries pour voir tes jolies dents.

     

    3

    Mais même si c’était possible, je n’oserais pas

    De peur de devenir un ami paternel,

    Les femmes savent ce qu’elles font, et elles sont cruelles,

    Les jeunes filles bien plus, parce qu’elles ne savent pas.

    La lumière descend maintenant sur le rivage,

    Le casino s’allume, personne sur la plage,

    Si j’étais né plus tard, ou toi un peu plus tôt,

    J’oserais t’inviter à danser un tango.

    4

    Sur les planches désertes, quand la mer devient noire,

    Nous tournerions ensemble jusqu’à l’ivresse ultime,

    Toi en chapeau cloche, et moi en baskets et jeans,

    Une époque ou bien l’autre, toujours la même histoire.

    Je me vois même te demander en mariage,

    Ou de partir ensemble, selon les époques,

    Tu m’aurais sans doute aimé, nonobstant mon âge,

    Je le sais, devinant nos regards réciproques.

     

    5

    Je ne suis qu’un vieil homme qui ne manque de rien,

    Si ce n’est que de toi, ma belle, tu le sais bien,

    Mais je ne puis souhaiter que tu ne me tolères

    Que comme un papa, un oncle, ou pire : un grand père.

    Alors je reste là, en contemplant la mer,

    Juste pour te parler encore, et pour te plaire,

    Je t’appelle d’un geste, alors tu me tu souris,

    Et pour t’entendre dire « oui monsieur », je dis :

     

    « Encore un thé, je vous prie ».


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  • L'hypnose des gares.Vous avez peut-être ressenti comme moi l’effet hypnotique d’un voyage en train. Il y a des moments où, bercé par les bruits répétitifs, les rêves se mélangent aux perceptions, allant parfois jusqu’à de fugaces hallucinations. Se mélangent en même temps pensées, souvenirs, rêves et visions. Au réveil, quelque chose en reste, sans qu’on puisse dire exactement ce qui était vrai ou pas. Pour illustrer cet état, j’ai choisi une musique répétitive avec un parti pris de contraste entre un environnement électro-acoustique fait de boucles synthétiques et de basse électrique d’une part, et d' instruments purement acoustiques : guitare folk, derbouka, (à gauche sur la photo) udu (à droite), flûte irlandaise, violon d’autre part. 

    Paroles et musique: Bernard Leroux.

    1

    Le train roule depuis longtemps,

    Les gens, à demi somnolents,

    Sur leur siège dans la chaleur

    Sont irréels comme des acteurs.

     

    Dehors, le ciel plombé recule

    Dans les ombres du crépuscule,

    Tandis que le train immobile

    Tangue comme sur une mer d’huile.

     

    Un voile de brume envahit

    Un paysage, des prairies,

    Et nappe maisons et pays

    Qui se préparent pour la nuit.

     

    Ma tête posée sur le verre

    Regarde défiler le rail,

    Comme si jouait dans tout l’univers

    Une partition de ferraille.

     

    2

    Aux ombres du soir qui se posent

    Des reflets flous se superposent

    Dans le T.G.V. où s’allument

    Des visages en forme de lunes.

     

    Au milieu d’une peupleraie,

    Un jeune visage apparaît,

    Ovale ponctué d’un regard

    Où plane l’hypnose des gares.

     

    Serait-ce un signal dans la nuit

    Qui passe sans faire de bruit,

    Ou bien quelqu’un qui me regarde

    Sans intention et par mégarde ?

     

    Ou bien, est-ce un astre oublié

    Qui flotte dans le ciel ondé,

    Entre les nuages violets

    Et les réverbères allumés ?

     

    (instrumental)

     

    3

    Maintenant que tout a sombré,

    Le visage s’est mis à parler.

    Il me dit : « tu m’as oubliée,

    Moi et ton passé, sur le quai.

     

    Quand as-tu cessé de m’attendre,

    Toi qui étais pour moi si tendre,

    Qui disais que même le temps

    N’a pas raison des sentiments ?

     

    Et quand es-tu devenu vieux,

    Assez pour ne plus voir mes yeux

    Te demander de revenir

    Prendre le train de l’avenir ? »

     

    Le visage maintenant s’est tu

    Et flotte en l’air, comme un fétu,

    Reflet qui bientôt va mourir

    Et me fixe avec un sourire.

     

    4

    Et, maintenant, bien réveillé,

    J’ai envie de me détourner

    Pour voir à qui est ce visage,

    Ou si ça n’était qu’un mirage,

     

    Mais la personne qui était là,

    Assise juste en face de moi,

    A disparu laissant un vide

    Béant dans la lumière livide.

     

    Qui était-elle, que voulait-elle,

    Et était-ce un ange sans ailes

    Venu, au milieu des mirages,

    Annoncer la fin du voyage ?

     

    Mais le train fonce dans la nuit,

    Il n’y a plus par la fenêtre

    Qu’un ciel noir et bleu qui s’enfuit,

    Quoi que ce reflet ait pu être. (bis)


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