• "Mai 68 par celles et ceux qui l'ont vécu", un ouvrage édité par Médiapart auquel j'ai eu l'honneur de modestement participer sous le pseudo de "Puramole"  (P.147,148,149), est en vente dans les librairies à partir du 22 mars 2018, au Mans chez Thuard, Doucet et La Fnac. (je ne perçois rien sur les ventes).

    Je vous livre ici ces trois pages:

    "Pour moi, mai 68 n’a pas été une rupture ou un « évènement », comme on disait alors, mais la suite d’une évolution rapide de la société à cette époque. En fait, nous étions alors « habitués » aux changements : telle année, c’était l’arrivée des Beatles, l’année suivant, les jupes raccourcissaient, ensuite les hommes se laissaient pousser les cheveux…le changement était à la mode. Il s’agissait de remplacer le vieux monde de nos parents, qui avaient connu la guerre, par le nôtre. Alors, les grèves, les manifs, la contestation de la société bourgeoise, catholique et gaulliste : juste une manifestation de plus de cette évolution continue qui, pour moi, gamin de douze ans, faisait partie de ma découverte du monde.

    Cette « révolution » se confondait, dans mon esprit, à celle de ma pré-adolescence : tout changeait en moi, et en miroir, tout changeait autour de moi. Au lycée, nous voyions les « vieux » profs (cinquante ans, tout au plus) s’affronter avec la nouvelle école, partisane de relations « horizontales », avec tutoiement et autorisation de fumer en classe ( !), de jeunes profs tous plus ou moins maoïstes, révolutionnaires ou féministes (les lycées étaient encore non-mixtes !)  Les portes du lycée s’ouvrirent, et la discipline stricte d’autrefois fit place à ce qu’on appelait alors l’« autodiscipline », qui consistait à tout faire sauf étudier. J’ai connu une jeune prof qui allait jusqu’à recevoir chez elle ses jeunes élèves pour y animer des discussions à tendance politico-philosophiques, et chez qui je me sentais assez désorienté : faisait-elle partie des adultes tutélaires, ou était-ce une copine, une semblable ? Je me rappelle également d’un jeune barbu en veste kaki, qui nous expliquait en cours de français que la chine maoïste était une sorte de paradis où tout le monde était heureux, et où il n’y avais pas d’opposition politique « parce que chacun voulait construire le socialisme », ce qui me paraissait tout de même un peu suspect.

    Des manifs elles-mêmes je ne me souviens que très peu : on ne me laissait pas traîner du côté de la préfecture. Je me rappelle seulement de mon père, rentrant du travail avec les yeux rouges pour avoir reçu des lacrymos. Ma grande sœur, qui avait alors dix-huit ans, essayait de participer aux manifs, ce qui rendait mon père très inquiet, bien qu’il fût par principe du côté des manifestants. Dans la ville ou nous habitions, la préfecture fut occupée, et le logement du préfet vandalisé. Pour nous, les CRS étaient les méchants, ça tombait sous le sens. Les CRS, voulaient frapper les manifestants, et dans mon esprit c’était la raison pour laquelle les manifestants manifestaient. Ils ne lançaient des pavés que pour se défendre des coups de matraque de ces « salauds de flics », qui représentaient l’« oppression », c'est-à-dire pêle mêle le Général, l’armée, l’église, l’état et les « fachos ». Je me suis souvent demandé alors comment on pouvait devenir CRS, et comment ces hommes, qui étaient des pères de famille comme les autres, pouvaient rentrer chez eux le soir, se regarder dans la glace et se dire que leur rôle était d’être les méchants. Quelque chose m’échappait là dedans, je pensais que si les CRS n’existaient pas tout le monde serait content et il n’y aurait plus d’affrontement. 

    Je me souviens de la grève générale, qui me parut durer une éternité. Je ne savais pas quelles pouvaient en être les conséquences, mais mes parents, qui avaient connu les privations de la guerre, les redoutaient. Moi, je ne voyais que des banderoles « en grève » un peu partout, et je fus frappé d’en voir jusque dans le fond des campagnes reculées où nous passions les week-ends : les « évènements » avaient donc atteint tout le monde, tout le pays. Le petit commerçant fermait boutique, pas tant pour exprimer une revendication que pour se protéger des « bandes de communistes » qui, à en croire certains, devaient bientôt déferler sur notre pays. Le Général l’avait prédit.

    J’avais le projet de constituer un herbier, une activité encouragée par ma mère, qui aimait la botanique. Elle m’avait dit qu’elle m’achèterait le cahier qu’il fallait, mais me demanda de surseoir jusqu’à la fin des « évènements ». Mai 68 prit corps pour moi ce jour là, car j’en entrevis les conséquences directes sur ma vie : je ratai mon rendez vous avec la botanique à cause d’une révolution larvée.

    Ni le retour du Général, ni la grande manif qui s’ensuivit, ni le référendum et l’élection de Pompidou n’effacèrent quoi que ce soit : pour les ados de cette époque, définitivement, les C.R.S restèrent les méchants, la droite le mal et la gauche le bien, et l’autorité sous toutes ses formes une erreur. L’arrivée de Mitterrand en 81 fut vécue comme celle du Messie, de celui que nous attendions depuis trop longtemps, la « gauche » étant de toute évidence le progrès et la fin des obscurantismes et de l’exploitation des peuples. Cette victoire devait être définitive et marquer le début des jours heureux. Ce fut en réalité la fin de l’utopie, et il ne fallut pas longtemps pour comprendre qu’un changement de gouvernement n’était pas une révolution…

    Pour moi, mai 68 finit en 1981. J’avais 25 ans."

     

     


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  • Le vieux, la pierre et l'arbre.Nous avons le pouvoir de connaître le passé et le présent, mais la possibilité de connaître le futur nous est à jamais interdite. En regardant autour de lui, un vieil homme sur un banc se demande pourquoi même un simple caillou aura le droit d’exister dans le futur, et pas lui.

    Et si la pierre lui répondait ?

    L’orchestration est classique : des guitares, une basse et des percussions, relevées à la fin de quelques cordes.

     

    "Le vieux, la pierre et l'arbre", paroles et musique Bernard Leroux, mars 2018.

    « Chaque jour fini porte le deuil de lui-même,

    Car, bon ou mauvais, il ne reviendra jamais.

    Le soleil qui se couche porte le sang des rêves,

    Car chaque homme qui vit rêve le temps d’aimer.

     

    Toute chose que je vois continuera sa route

    Alors que je serai parti à tout jamais,

    Toute chose périt, et moi aussi sans doute,

    Et avec les jours vont mes ultimes regrets. »

     

    Ainsi parlait un homme à l’automne des jours

    En ces temps d’avant-hier que nous avons connus,

    Avant qu’un nouveau monde où nous vivons toujours

    Naisse du temps qui passe, des saisons révolues.

     

    2

    « Mon seul regret sera, le jour de mon départ,

    De ne pas savoir après que j’aie disparu,

    Et penser que même la roue de mon corbillard

    Existera encore quand je ne serai plus.

     

    Pourquoi ce banc, cet arbre, cette pierre et ce ciel

    Survivront-ils après que mon dernier soupir

    Ait été mon dernier désir existentiel,

    Qu’ai-je fait de mal pour que mon esprit expire ? »

     

    Ainsi parlait un homme avant de rendre l’âme,

    Après avoir vécu aussi bien qu’un autre homme,

    Le corps peut périr en terre ou bien à la flamme,

    Il n’y a rien de plus vide qu’un columbarium.

     

     Instrumental.

     

    3

    « Sois heureux d’être en vie, répondirent la pierre,

    Le banc, l’arbre et le ciel, la terre, l’eau de la mer,

    Depuis bien plus longtemps que toi nous existons,

    Toi tu sais qui tu es, et nous nous l’ignorons.

     

    Tu paies cher ce savoir, parce que ton devenir

    Est de disparaître et de ne plus revenir,

    Tandis qu’à l’avenir, d’autres iront sur ce banc,

    Joueront avec la pierre, comme font les enfants.»

     

    Ainsi diraient les choses si elles pouvaient parler.

    Alors, l’homme se leva et partit sans rien dire

    Ne laissant derrière lui qu’un banc abandonné

    Et un arbre qui commençait à reverdir.


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    Concert 2018: les vidéos!Merci d'être venus  à notre concert du 16 février 2018, et à votre soutien chaleureux!

    Ci-après, quelques photos (de Pierrette, Maryse et Dom) et vidéos des titres que nous avons joué, avec Christian Perrot au piano, Jean Luc Taburet guitare et voix, et Louise Taburet batterie et voix, Alain Rouby au son, Dom Batisse à la caméra, et l'équipe du théâtre de L'Ecluse à la lumière.

    Sept vidéos des dix chansons de Jean Luc sont sur son blog: http://jeanluctaburet.eklablog.com/                     

    A bientôt!


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  • Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...Le concert: quelques photos...


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  • Vidéos du concert 2018  prises par Dom.

    "La pluie", poème de Pierre Leroux, musique Bernard Leroux, chanté par Louise Taburet, à la guitare Jean Luc Taburet, au piano Christian Perrot.


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  • Louise chante "Anne, à quoi bon", musique de Alain Rouby, paroles de Bernard Leroux, avec au piano Christian Perrot.


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  • Premier titre: "Allo t'es où"


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  •   Deuxième titre: "Bobeauf".


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  • C'est mon lot...


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  • The final dance...


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