• Formica et pile wonder.

     Formica et pile wonder.Certains d’entre nous ont la nostalgie de ce monde incarnée par un homme ou une femme dans une cuisine de campagne, sur fond de bruits de basse-cour, qui vous « payent » sans façon un café arrosé et parlent avec vous du quotidien.

    L’accordéon est évidemment la musique qui vient alors à l’esprit, une sorte de danse lente comme les jours qui passent, les saisons qui se suivent.

    C’était vraiment une année d’rin, et la terre est ben basse, comme on dit cheu nous.

     

     Dessin: B.Leroux.

    "Formica et pile Wonder",

    paroles et musique Bernard Leroux, octobre 2018.

    1

    Il me dit d’entrer et de m’asseoir,

    Formica, toile cirée bleue, et Tupperwares,

    Sans m’demander me verse un café

    Avec un coup d’calva, d’autorité.

     

    Seau à charbon et bouteille de gaz bleue,

    Cheminée peinte, un poêle à fuel au milieu,

    Les torchons blancs sèchent autour du tuyau,

    Pile Wonder, et moulin à café Peugeot.

     

    L’horloge triangulaire au mur fait tic tic,

    Le néon au plafond doucement grésille,

    On entend même le compteur électrique,

    La flamme du poêle doucement frétille.

     

    2

    Et puis il sort deux verres en pyrex,

    Verse du vin d’une bouteille en verre vert,

    M’appelle « mon gârs »avec accent circonflexe,

    Il y a du linoléum usé par terre.

     

    L’évier carré avec son petit rideau

    Luit doucement sous le mur à carreaux

    Entre l’interrupteur en porcelaine

    Et une patère avec un gilet en laine.

     

    Un insecte grésille sur le ruban tue-mouches,

    Il y a une gondole sur la télé,

    Dans du plastique les fauteuils sont emballés,

    Il y a des fleurs sur le rideau de douche.

     

    3

    Alors il me montre le jardin,

    Bottes en caoutchouc ou sabots,

    Devant les clapiers à lapins,

    Arrosoir en zinc, robinet vieux tuyau.

     

    Une vieille vigne court sur le poulailler,

    Sur la clôture, boîtes de conserves rouillées,

    Vieux rosier, vieux poirier, vieux prunier,

    Et un compost qu’il appelle : « le bourrier».

     

    La terre est peignée toute dans le même sens,

    Bien désherbée, bêchée, choux bien rangés,

    Tout au fond une guérite goudronnée

    Avec un cœur sur la porte découpé.

     

    4

    Pendant c’temps là du bourg elle est rentrée ,

    Panier en osier, galoches et blouse fleurie,

    Elle dit : « tu vas ben rester à souper »,

    Boîte d’allumettes, gazinière et frichti.

     

    Du buffet à vitres sablées elle sort

    Les assiettes du dimanche, à filets d’or,

    Des verres en Duralex en demi-tonneaux

    Pendant qu’un lapin mijote sur le fourneau.

     

    Casseroles en alu rangées sur le mur,

    Panier à salades, confitures de mûres,

    Deux ronds de serviettes en bois décoré,

    Odeur de soupe de poireaux et de fumée.

     

    « Tire-donc dans l’plat pendant qu’c’est chaud,

    Te crains pas, sers-toi z’en encore,

    Quand on travaille, y faut c’qu’y faut,

    De c’temps la faut êt’ ben du corps. »

     

     « Alors mon gârs qu’es’tu d’viens-t-y,

     

    « Tire-donc dans l’plat pendant qu’c’est chaud ! »

     

     « C’était vrai’ment une année d’rin. »

     

    «  ‘Commence à faire pas chaud déhors,

    Vas don’ pas attraper la mort ».

     

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  • Commentaires

    1
    alain
    Dimanche 14 Octobre à 23:54

    Hélâ !

    Toutes les images qu'y'm'reviennent, quand à 16 ans sur mon 102, on allait rencontrer les gens qui vivaient à la campagne !

    Le nombre de cafés qu'on m'a offert ! Y'en avait toujours sur la cuisinière, qu'était plus ou moins en train de bouillir doucement.

    Café bouillu, café foutu qu'on disait ; c'était p'têt' vrai, le goût était… terrible.

    Mais les gens t'accueillaient honnêtement, sans cérémonie, avec ce café ; bouillu peut être, mais chaud.

    Et toujours prêt pour qui arrivait, connu et inconnu.

    Café qui faisait du bien au cœur et aux mains quand t'avais roulé sur le vélomoteur depuis une demi-heure et que tu pouvais même plus freiner tellement tes mains ne répondaient plus à rien : on se réchauffait sur le duralex brûlant.

    Puis quand t'avais fini, ben tu partais et tu les revoyais plus jamais. Avec cette amertume sur la langue, et parfois un peu au fond de l'âme...

    En t'disant qu't'aurais pu viv' là toujours.

    Comme ces gens ; avec eux, pourquoi pas.

    Tellement y'zavait simplement… Quoi ?

    P'têt' bien de l'humanité tout simplement ? 

    Où qu'elle est, à présent c't' humanité tranquillement nécessaire ?

    Cool ta dernière chanson boîte à souvenir...

     

     

     

    2
    Lundi 15 Octobre à 10:30

    Oui…J’aurais pu l’appeler : « 102 et Duralex »… Et ça pourrait se passer à Cormenon (Loir-Et-Cher) !

    3
    Lundi 15 Octobre à 11:14

    Vla t'y pas qu'ça ressemble un peu à chez moué c't affaire lâ ! Euh ... bon, l'intérieur est un peu différent... maintenant... Oui, nous en avons rencontré de ces personnages et pour commencer dans nos familles... Le café qu'on tenait chaud sur la cuisinière pendant des heures... et dans lequel on pouvait tremper une tartine de rillettes... hum...!  Le décor, l'ambiance  et une parfaite description de moments vécus...

      • Lundi 15 Octobre à 13:43

        "Rillettes et café chaud"... Pas mal non plus...

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