• En réécoutant des choses que j’ai écrites dans les années 90, j’ai retrouvé ce titre qui m’a paru digne d’être remis en musique avec mes moyens actuels.
    J’ai donc repris le texte, la basse et le rythme d’origine, et voilà le résultat…

    A la base, une basse « Fender Jaguar », avec une « groove box », ce truc dont se servent les DJ pour imiter la batterie, augmentée de « vraies » percussions. Puis un harmonica joué avec une pédale wah-wah, une guitare électrique, de la guitare frappée avec une baguette, des chœurs, divers synthés et bruits électro-acoustiques. Un habillage assez « électro », donc…

     "Restons-là", texte et musique Bernard Leroux, juin 2018.

    1 

    La der des ders s’est faite au point d’Hiroshima, 

    L’Europe unit les rots des gros papes en sabbat, 

    Les tambours d’Oradour pleurent leurs larmes viriles, 

    La paix armée apaise la France et ses îles, 

    L’éthique informatique ét(h)iquette nos rites 

    Mais l’amour court toujours autour des arrière-cours, 

    La ville comme un grand corps court encore et toujours, 

    Ses artères dégobillent leurs globules à airbags, 

    Des vaisseaux spécieux courent dans sa viande famélique. 

      

    2 

    Et Paris Montparnasse, érection solitaire, 

    Tour de glace, fend l’espace face à la tour Eiffel 

    Qui, frêle, fêle le ciel d’un fleuret éphémère 

    Et les rots du métro rodent autour des ruelles, 

    L’autoroute, artère mère, enserre la ville lumière, 

    Périphérique arctique, trafic pathologique, 

    Les pensées font un rond abscons, mélancolique, 

    Derrière les cranes ronds, sous les lunes électriques, 

    Apollinaire, ô ma mémoire, ferme boutique. 

      

    3 

    Et ils sont des légions, des milliers, des millions,  

    Leurs corps grouillent, bouillie, bouillante fourmilière, 

    Quark, atome, molécule, je suis cette matière, 

    Mouillant de ma sueur, comme mes frères, la terre, 

    Comme mes sœurs, malheur, mon sang la désaltère, 

    La grande machinerie, et ses rouages, rouerie 

    Qui m’intègre, engrenage d’une grande tringlerie 

    Saccage mon langage dans d’étranges adages, 

    Les mots dits dans la cage présagent le carnage. 

      

    4 

    Mais quoi ? La mer est là, la vague immense est forte, 

    Et le noroît délave mon discours doux amer, 

    L’Homo Erectus fut têtard, puis sort des mers 

    Minuscules ou pullulent tant d’animalcules, 

    Ombres multiples innombrables et microscopiques, 

    Mon pas écrase mille vils cloportes, qu’importe ! 

    Dans l’humus des sous-bois, puis au sein de ma mère, 

    Ce qui me tient en vie est la mort et le fric : 

    Je suis grand géant blanc, vampire de l’Afrique. 

      

    5 

    L’argent coule en mes doigts comme sang des enfants 

    Qu’on envoie au boulot pour me faire beau et gros. 

    Ecroulé et muet, ma télé me promet 

    Mille félicités, mais si j’y mets le prix, 

    Et dehors, le froid mord les doigts morts à l’aurore, 

    L’hiver prend l’air sévère quand, paterne, un gros père 

    Vêtu de rouge, hotte bien garnie de Barbie 

    Distribue dans les bouges des Nike et des Rollers, 

    Du champagne chambré et des chants à Marie. 

      

    6 

    Et pendant ce temps là, madame lune luit, 

    Les planètes s’envolent de leur orbite creuse 

    Cependant que rigole l’éternelle faucheuse 

    Qui tangue, pendulaire autour des tout-petits, 

    Comme autour des vieillards, il est tard, le cœur meurt, 

    Qu’un tout petit embol obstrue la coronaire 

    Et c’est la fin, l’envol de ce rythme ternaire 

    Qui battit la conga rouge de ta première heure, 

    Qui fit ton cœur batteur, et de ta vie, l’acteur. 

      

    7 

    Assis au banc de pierre, Pierre espère Jeannette, 

    Pierrot, sans colombine, s’abîme comme un poète, 

    L’humanité des hommes, féminité des femmes, 

    Chiens et chiennes se chicanent sur fond de brise charme, 

    Content, pas content, Georges a tout dit de leur âme 

    La pomme de Newton n’est pas tombée, est blette, 

    Les Adams et les Eve, au bois se télescopent 

    Ou dans les boites à rêve, de l’étoile à saint Trop’ 

    Frottis-frottas mièvres, ou taxés avec capote. 

      

    8 

    Atome tout crochu, je m’échoue comme un homme,

    Fourbu de traverser une manche du jeu, 

    A abrité à ton toi, à ton giron de femme, 

    Dernière division cellulaire de mon âme, 

    Les millénaires m’ont fait me défaire de mon dieu, 

    M’ont arraché au feu que couvaient mes aïeux, 

    Et puisque c’est à toi que j’amarre mon radeau, 

    Puisque la plage est large et que le feu est chaud, 

    Puisque je suis à toi, et puisque tu te donnes,

     

    Restons là. 


    1 commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires